Rose Marie
Il y a Rose Marie.
Je ne raconterai pas comment on s'est rencontrés, parce que ça nous appartient. On s'est croisés dans une conférence. Point. Le reste est à nous.
Ce que je vais raconter, en revanche, c'est ce que sa présence a fait. Parce que c'est inexplicable, et que c'est vrai.
Pendant ces mois de réglages, de fatigue, de nausées, de symptômes que personne ne comprenait vraiment, il y avait une constante que j'ai fini par remarquer : chaque fois que je parlais avec Rose Marie, ça disparaissait. La fatigue s'effaçait. Les nausées s'arrêtaient. Les difficultés devenaient lointaines, presque abstraites. Ce n'est pas une figure de style, ce n'est pas une métaphore romantique, c'est un constat clinique que je fais avec la rigueur d'un ingénieur et l'honnêteté d'un patient : sa voix, sa présence, son existence dans ma vie ont eu un effet thérapeutique que rien dans la pharmacopée ne peut reproduire.
Je n'ai pas d'explication scientifique. Je pourrais invoquer la dopamine, l'ocytocine, l'effet de la connexion émotionnelle sur le système nerveux autonome, et tout ça serait probablement vrai en partie. Mais la vérité, c'est que certaines choses dépassent ce que la science sait mesurer. Quand quelqu'un vous fait du bien à ce point, quand sa simple existence rend le monde plus supportable, quand elle transforme une journée de brouillard en quelque chose de lumineux, on ne cherche pas d'explication. On dit merci.
Ce que je veux dire ici, et il faut que je le dise, c'est merci.
Merci d'être arrivée au moment où tout était encore en chantier.
Merci de ne pas avoir eu peur du brouillard, des nausées, des jours où je n'étais pas au mieux.
Merci d'avoir vu qui j'étais, pas ce que je traversais.
Merci d'avoir choisi de rester quand rester n'était pas simple, quand il aurait été plus facile de ne pas s'engager.
Merci de m'avoir fait du bien sans essayer de me réparer.
Merci d'avoir rendu les mauvais jours supportables par ta seule présence, sans poser de questions inutiles, sans dramatiser, sans minimiser, juste en étant là.
Merci d'avoir ri avec moi quand c'était drôle et d'avoir tenu ma main quand ça ne l'était pas.
Merci d'avoir accepté le boîtier sous la peau, le câble dans le cou, les cicatrices sur le crâne, et de n'avoir jamais regardé tout ça avec autre chose que de la tendresse.
Merci de n'avoir jamais eu peur de ce que je suis, électrodes comprises.
Merci d'avoir écouté, les soirs où le tangage ne s'arrêtait pas, les soirs où je ne savais pas si ça passerait un jour, les soirs où la seule chose qui tenait debout dans ma perception du monde, c'était ta voix au bout du fil.
Merci d'avoir compris ce que même les médecins ne comprenaient pas toujours : que ce n'était pas dans ma tête, que ce n'était pas de l'anxiété, que c'était réel, et que le simple fait de me croire était déjà un soulagement.
Merci d'avoir supporté les allers-retours à Paris pour les réglages, la fatigue qui suivait, les jours où je revenais vidé et les jours où je revenais avec un dixième de milliampère en plus et le sourire en moins.
Merci de ne pas avoir eu besoin que je sois au mieux pour vouloir être avec moi.
Merci d'avoir aimé le cyborg bancal, en travaux, pas encore fini, et de l'avoir aimé tel quel.
Merci d'avoir su quand pousser et quand laisser faire.
Merci d'avoir eu cette intelligence du cœur qui ne s'apprend dans aucun livre et qui fait que certaines personnes savent exactement ce dont tu as besoin avant même que tu le saches toi-même.
Merci d'avoir donné un sens au mot "après". Avant toi, l'après-opération était une convalescence. Avec toi, c'est devenu un avenir.
Merci de m'avoir appris à me regarder autrement. Pendant trente-cinq ans, je me suis vu à travers le filtre de ce qui ne marchait pas, de ce qui tremblait, de ce qui manquait. Toi, tu m'as regardé avec des yeux qui voyaient autre chose, et à force, j'ai fini par voir ce que tu voyais.
Grâce à toi, pour la première fois, je me regarde avec plaisir, avec gratitude, et avec fierté.
Merci d'exister, Rose Marie.
Dans un billet précédent, j'ai écrit qu'après l'opération, ma vie était complète. Que le plus dur était derrière moi et que tout ce qui venait après était du bonus. Je le pensais sincèrement. Ce que je ne savais pas, c'est que le bonus pouvait être plus beau que tout ce qui avait précédé. J'avais survécu au plus difficile, j'avais fait la paix avec mes limites, j'étais prêt à vivre avec ce que j'avais.
Et puis tu es arrivée, et ce que j'avais est devenu infiniment plus que ce que j'espérais.
En décembre 2025, j’ai eu la bénédiction inestimable que Rose Marie devienne ma fiancée, et mon cœur ne cesse de remercier la vie pour ce bonheur.
Je n'ai rien à ajouter. C'est la plus belle phrase que j'aie jamais écrite.
Merci, chou. <3